Auner Quartett
Jenseits vom tanzenden Wien
Musikverein de Vienne · Saison 2026/27

Jenseits vom tanzenden Wien


Un cycle de musique de chambre de l’Auner Quartett au Musikverein de Vienne. Novembre 2026 – mai 2027, Gläserner Saal et Brahms-Saal.

Photo : Damián Posse
Le programme

Les quatre concerts en un coup d’œil

  • I · Concert 25 novembre 2026 20 h 00 Musikverein de Vienne · Gläserner Saal

    Irene Suchy lit des extraits de « Mein Musikleben » de Mary Dickenson-Auner.

    • Franz Schubert — Quartettsatz en ut mineur D 703
    • Mary Dickenson-Auner — Quatuor à cordes n° 4
    • Entracte
    • Johannes Brahms — Danses hongroises n° 5 & 6 (version pour quatuor à cordes)
    • Alexander Zemlinsky — Quatuor à cordes n° 1 en la majeur op. 4
    À propos de cette soiréeRéduire

    L’ouverture revient à la marraine du quatuor. Mary Dickenson-Auner, née en Irlande et installée à Vienne, était violoniste et compositrice à une époque qui laissait peu de place aux femmes dans la vie de concert. Son Quatuor à cordes n° 4 est au centre de cette soirée, et Daniel Auner l’interprète sur son propre violon, l’instrument Fisselthaler. Irene Suchy lit des extraits de ses mémoires et raconte le parcours d’une musicienne longtemps restée en marge et redécouverte seulement aujourd’hui.

    Auparavant, le Quartettsatz en ut mineur de Schubert — un fragment d’une inquiétude sombre qui donne le ton de tout le cycle. Après l’entracte, on danse malgré tout : les Danses hongroises de Brahms révèlent la veine populaire dont est née la valse viennoise elle-même. La soirée s’achève avec le jeune Zemlinsky et son premier quatuor à cordes — l’axe musical du cycle, ici au tout début de son chemin.

  • II · Concert 17 février 2027 20 h 00 Musikverein de Vienne · Gläserner Saal

    Wolfgang Böck lit des réflexions sur « Leutnant Gustl » d’Arthur Schnitzler, formulées par Manfred Stimmler.

    • Anton von Webern — « Langsamer Satz » pour quatuor à cordes
    • Johann Strauss — Valse de l’Empereur op. 437 (version pour quatuor à cordes de l’Auner Quartett)
    • Alexander Zemlinsky — Quatuor à cordes en mi mineur (1893)
    • Entracte
    • Alban Berg — « Suite lyrique » pour quatuor à cordes
    À propos de cette soiréeRéduire

    Ce soir-là, la valse elle-même figure au programme — la Valse de l’Empereur dans la version du quatuor. Son apparente innocence fut plus tard instrumentalisée par la propagande national-socialiste, qui alla jusqu’à falsifier la généalogie du compositeur. À ses côtés, le « Langsamer Satz » de Webern, encore tout empreint d’ardeur postromantique, d’un compositeur abattu à Mittersill en 1945 par la balle d’un soldat américain.

    Entre les deux, le quatuor en mi mineur de jeunesse de Zemlinsky ; après l’entracte, la « Suite lyrique » de Berg — dédiée à Zemlinsky, porteuse d’un programme secret et des initiales chiffrées d’un amour interdit. Wolfgang Böck encadre la soirée de réflexions sur « Leutnant Gustl » de Schnitzler, formulées par Manfred Stimmler — une Vienne des codes de l’honneur et des façades qui s’effritent.

  • III · Concert 17 mars 2027 19 h 30 Musikverein de Vienne · Brahms-Saal

    Thomas Hampson, baryton.

    • Hugo Wolf — « Sérénade italienne » en sol majeur
    • Arnold Schönberg — Quatuor à cordes op. posth. en ré majeur (1897)
    • Entracte
    • Un bouquet de lieder — Zemlinsky, Dickenson-Auner, Bürger et autres — version pour baryton et quatuor à cordes, arrangée par Dima Khierbeck
    À propos de cette soiréeRéduire

    La soirée au Brahms-Saal conduit à un seuil : le premier quatuor de Schönberg, de 1897, encore entièrement tonal, écrit sur les conseils de son ami et futur beau-frère Zemlinsky et créé six mois après la mort de Brahms. Auparavant, la « Sérénade italienne » de Wolf — méditerranéenne, enjouée, l’une des rares œuvres instrumentales du grand compositeur de lieder.

    Après l’entracte, Thomas Hampson, baryton, chante un bouquet de lieder de Zemlinsky, Mary Dickenson-Auner, Julius Bürger et d’autres compositeurs qui émigrèrent aux États-Unis pour fuir le national-socialisme — dans des arrangements pour baryton et quatuor à cordes de Dima Khierbeck. Une soirée consacrée aux amitiés et aux réseaux dont est née la modernité viennoise, et à la rupture qui les a dispersés.

  • IV · Concert 22 mai 2027 20 h 00 Musikverein de Vienne · Gläserner Saal

    Christoph Wagner-Trenkwitz évoque la Vienne de Fritz Kreisler.

    • Johann Strauss — Valse « Voix du printemps » op. 410 (version pour quatuor à cordes de Daniel Auner)
    • Egon Wellesz — Quatuor à cordes n° 5
    • Entracte
    • Alexander Zemlinsky — Deux mouvements pour quatuor à cordes
    • Fritz Kreisler — Quatuor à cordes en la mineur « Bekenntnis zu Wien »
    À propos de cette soiréeRéduire

    Pour finir, une dernière fois la valse — les « Voix du printemps » de Strauss dans une version de Daniel Auner — puis le regard porté de loin en arrière. Wellesz s’enfuit en Angleterre en 1938 et enseigna à Oxford ; l’essentiel de son œuvre pour quatuor naquit en exil. Zemlinsky mourut aux États-Unis en 1942, malade et oublié.

    À la fin, Fritz Kreisler, qui écrivit en 1919 à New York son « Bekenntnis zu Wien » — un monument postromantique à la ville de sa jeunesse, qui ne l’accueillit plus jamais comme il l’aurait mérité après sa fuite devant les nazis. Christoph Wagner-Trenkwitz raconte cette Vienne que Kreisler dut quitter. Un accord final fait d’amour pour Vienne et de douleur de sa perte.

Billets & inscription

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Réserver les quatre concerts ensemble donne droit à 15 % de réduction sur chaque date. La Kombi est signalée pour chaque concert isolé et peut être réservée jusqu’au premier concert du cycle.

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Brochure du cycle

Les quatre programmes, les présentations des œuvres et les portraits des invités dans une version imprimée.

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Le cycle

Le concept

Vienne danse. Depuis le XIXe siècle, la valse de Johann Strauss façonne l’image de la ville — populaire, influente et si dominante que les compositeurs sérieux ont souvent eu du mal à trouver leur place à côté d’elle. Mais au-delà de cette Vienne dansante, des générations de créateurs ont cherché leurs propres voies. C’est d’eux que parle ce cycle.

Le titre revêt trois significations à la fois, non pas successives mais simultanées. Il désigne d’abord cette musique sérieuse et exigeante qui cherchait à s’affirmer dans l’ombre d’une culture de la danse omniprésente — de Schubert à Schönberg. Il désigne ensuite les années du national-socialisme : tandis que la propagande détournait les esprits des horreurs de la guerre avec la musique apparemment inoffensive de Strauss — falsifiant même à cette fin la généalogie du compositeur —, la plupart des compositeurs entendus ici furent chassés, interdits ou oubliés et se reconstruisirent une vie en exil, aux États-Unis et en Angleterre. Il désigne enfin l’« au-delà » comme survivance : la manière dont la valse elle-même a inspiré les compositeurs sérieux et continue de résonner dans leur œuvre — non comme une opposition, mais comme un écho créateur.

Au centre

Les deux axes du cycle

Au cœur du cycle se tient une figure particulièrement proche du quatuor : Mary Dickenson-Auner (1880–1965), violoniste, compositrice et marraine de l’ensemble, apparentée à la famille Auner. Avec elle, le cycle place une voix oubliée aux côtés des grands noms dans les cercles desquels elle évoluait.

L’axe musical des quatre soirées est Alexander Zemlinsky : chaque concert comporte une de ses œuvres. Élève et ami encouragé par Brahms, professeur et beau-frère d’Arnold Schönberg, dédicataire de la « Suite lyrique » d’Alban Berg, il relie toutes les générations de ce programme. Son parcours, de la Vienne fin de siècle à l’exil américain où il mourut oublié en 1942, incarne le destin de toute une culture musicale.

Dans certaines parties du cycle, Daniel Auner joue sur le violon même de Mary Dickenson-Auner, l’instrument dit Fisselthaler.

Franz SchubertJohannes BrahmsJohann StraussHugo WolfAlexander ZemlinskyArnold SchönbergAnton WebernAlban BergEgon WelleszFritz KreislerMary Dickenson-Auner
Mary Dickenson-Auner
Mary Dickenson-Auner. Extrait d’une brochure de revues de presse, bibliothèque de la mdw

Quel projet audacieux et passionnant, dans lequel le célèbre Auner Quartett entend explorer de nouveaux territoires et tracer un large arc au-delà des clichés viennois connus. Et au milieu, Alexander Zemlinsky, figure centrale du cycle et de la modernité viennoise. […] La redécouverte d’une compositrice et personnalité importante de la vie musicale viennoise injustement tombée dans l’oubli, Mary Dickenson-Auner. Et cela au Musikverein. Ce lieu qui s’est donné pour tâche, dès l’origine, de découvrir et de redécouvrir des œuvres importantes.

Dr Peter Marboe, président du Fonds Alexander Zemlinsky auprès de la Gesellschaft der Musikfreunde in Wien
Contexte

Quatre thématiques

Le cycle raconte quatre histoires entrelacées. Pour chacune : un résumé et le texte intégral.

Mary Dickenson-Auner (1880–1965)

Violoniste, compositrice et pédagogue irlandaise, elle mena sa carrière à Vienne — et elle est aujourd’hui largement oubliée. De son vivant, elle se produisit en soliste sur les grandes scènes d’Europe, travailla avec Bartók et Schönberg et créa une œuvre abondante. Femme dans un monde musical dominé par les hommes, elle dut un temps publier sous un pseudonyme masculin ; citoyenne britannique, elle fut frappée sous le national-socialisme d’interdiction de se produire et d’enseigner. Ainsi le sexe, la nationalité et l’histoire se conjuguèrent en un triple silence.

Lors du premier concert du cycle (25 novembre 2026, Gläserner Saal), l’Auner Quartett interprète son Streichquartett Nr. 4 (Quatuor à cordes n° 4) ; la musicologue et longtemps animatrice à Ö1 Irene Suchy lit des extraits de ses mémoires « Mein Musikleben » (Ma vie musicale). Daniel Auner, qui lui est apparenté par la famille, joue sur son propre violon. Presque tous ses quatuors à cordes ne subsistent qu’à l’état de manuscrit et sont actuellement numérisés par le Dr Dima Khierbeck ; l’Auner Quartett prévoit pour l’automne 2026 un enregistrement de ces œuvres. Le transfert de son legs au Centre exil.arte de la mdw, coordonné par son directeur Gerold Gruber, est actuellement en cours.

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Une vie contre les résistances

Mary Frances Dorothea Dickenson naquit à Dublin en 1880, dans une famille respectée, douée pour la musique et les sciences : son grand-père Hercules MacDonnell fut cofondateur de la Royal Irish Academy of Music. Elle dut lutter pour ses premières leçons de violon à l’âge de six ans ; longtemps, nul ne crédita une fillette d’une ambition musicale sérieuse. Elle étudia à la Royal Academy of Music de Londres auprès d’Émile Sauret, puis perfectionna sa technique avec Otakar Ševčík à Prague. En 1905, elle fit ses débuts sous la direction d’Oskar Nedbal avec la Philharmonie tchèque et donna ensuite pendant une dizaine d’années des concerts en soliste à travers l’Europe.

Le pseudonyme Frank Donnell

Elle publia ses premières compositions sous un pseudonyme masculin — et c’est précisément parce qu’on les tenait pour l’œuvre d’un homme qu’elles furent reconnues. Elle le raconte ouvertement dans ses mémoires :

« Damals waren die Vorurteile gegen Kompositionen von Frauen noch viel größer als heutzutage. So versteckte ich mich hinter dem Namen Frank Donnell. Das brachte mir recht gute Kritiken, die ich sonst sicher nicht bekommen hätte. Aber später gab ich das Pseudonym auf, weil es mir feige vorkam, mich hinter den Männern zu verstecken. » (À cette époque, les préjugés contre les compositions de femmes étaient bien plus grands qu’aujourd’hui. Je me suis donc cachée derrière le nom de Frank Donnell. Cela m’a valu de bonnes critiques que je n’aurais sûrement pas obtenues autrement. Mais plus tard, j’ai abandonné ce pseudonyme, car il me paraissait lâche de me cacher derrière les hommes.)

Mary Dickenson-Auner, « Mein Musikleben »

Vienne : Bartók, Schönberg et l’avant-garde

En 1909, elle s’installa à Vienne ; en 1912, elle épousa le savant Michael Auner. Après des années en Transylvanie et — en raison de la guerre — aux Pays-Bas, la famille revint à Vienne en 1920. Mary rejoignit la « Société pour des exécutions musicales privées » d’Arnold Schönberg. Sa contribution d’interprète la plus marquante date de cette période : en 1922, elle donna, avec le pianiste Eduard Steuermann, la création autrichienne de la Sonate pour violon n° 1 de Béla Bartók. Pour préparer l’exécution de Salzbourg, Bartók séjourna une semaine dans sa maison de Neuwaldegg — « un homme fin et tranquille, qui aimait s’asseoir au jardin pour travailler ». Des décennies plus tard, Paul Hindemith, la retrouvant, se souvint aussitôt : « Salzbourg, 1922, violon ! »

Les « Hörstunden » : la pédagogie musicale comme œuvre d’une vie

À partir de 1925, dans le cadre de la réforme scolaire viennoise, elle mit au point son propre concept pédagogique : les « Hörstunden » (leçons d’écoute), où l’on faisait découvrir aux enfants, par de brefs concerts commentés, Haydn, Mozart, Schubert et Beethoven. Bénévolement, elle étendit le projet à quelque 17 écoles viennoises jusqu’en 1938. À un fonctionnaire lui demandant ce qu’elle-même en retirait, elle répondit simplement : « Ich habe die Freude der Kinder. » (J’ai la joie des enfants.)

1938 : le silence imposé

En mars 1938, la vie de la citoyenne britannique changea du tout au tout. Elle décrit sobrement la fin de son travail scolaire :

« Ein mir nicht gut gesinnter Lehrer verklagte mich bei der obersten Behörde, dass ich in die Schule beim Eintritt nicht mit ‚Heil Hitler‘ grüßte. Es wurde mir nahegelegt, mich entweder dem Gebrauch anzupassen oder mich zurückzuziehen. Als Engländerin zog ich das Letztere vor. » (Un enseignant mal disposé à mon égard me dénonça à l’autorité suprême pour n’avoir pas salué l’école, en entrant, par « Heil Hitler ». On me suggéra soit de me plier à l’usage, soit de me retirer. En tant qu’Anglaise, je choisis la seconde solution.)

Mary Dickenson-Auner, « Mein Musikleben »

Étrangère, il lui fut interdit de se produire en public ; elle ne put même plus donner de leçons privées. D’un coup, elle perdit tout champ d’action.

Une œuvre née du silence

Ce qui commença comme une perte, elle le transforma en la période la plus créatrice de sa vie. À près de soixante ans, privée de tout rôle public, elle se mit à composer pour de bon — les notes longtemps refoulées jaillirent, écrit-elle elle-même, « wie eine Flutwelle » (comme un raz-de-marée). En une vingtaine d’années naquit une œuvre abondante : symphonies, opéras, oratorios, lieder et musique de chambre. Au lieu de la « musique en accords parfaits » d’autrefois, elle employa systématiquement des accords de quatre, cinq et six sons, écrivit de façon nettement polyphonique et revint sans cesse aux airs populaires irlandais de son enfance — une alliance qu’elle nommait elle-même « impressionnisme celtique ». Elle mourut à Vienne en 1965.

Le thème à travers tout le cycle

La redécouverte de voix réprimées et oubliées traverse les quatre soirées. Lors du premier concert (25 novembre 2026), le Quatuor n° 4 de Dickenson-Auner côtoie Schubert, Brahms et Zemlinsky. Lors du deuxième (17 février 2027), le mouvement lent de Webern et la « Suite lyrique » de Berg rencontrent la Valse de l’Empereur. Le troisième (17 mars 2027), avec Thomas Hampson, réunit sous le titre « un bouquet de lieder » des œuvres de Zemlinsky, de Mary Dickenson-Auner et d’autres souvent contraints à l’exil. Le quatrième (22 mai 2027) se clôt sur l’« Aveu à Vienne » de Fritz Kreisler. Mary Dickenson-Auner n’est donc pas un simple point d’un soir, mais le centre dramaturgique de tout le cycle.

Musique interdite sous le national-socialisme

Le cycle « Jenseits vom tanzenden Wien » met également au premier plan des compositeurs dont l’œuvre fut réprimée, interdite ou contrainte à l’exil sous le régime nazi. Tandis que la propagande nazie utilisait la musique de Johann Strauss comme divertissement « allemand » et populaire — jusqu’au premier Concert du Nouvel An de la Philharmonie de Vienne, commencé en 1939 —, la plupart des compositeurs joués ici durent lutter pour leur existence : Zemlinsky, Schönberg et Kreisler s’enfuirent aux États-Unis, Wellesz en Angleterre ; Webern, stigmatisé comme « bolchevik culturel », resta en émigration intérieure et périt en 1945. Mary Dickenson-Auner, citoyenne britannique, fut frappée d’interdiction de se produire.

Le deuxième concert (17 février 2027, Gläserner Saal) place deux mondes côte à côte : la vieille Vienne dansante et la musique qui cherchait à s’en affranchir. Wolfgang Böck , l’un des comédiens de caractère les plus marquants d’Autriche, lit des réflexions sur « Leutnant Gustl » d’Arthur Schnitzler, formulées par Manfred Stimmler. La clôture musicale revient à la « Suite lyrique » d’Alban Berg — une œuvre dédiée à Zemlinsky qui recèle un programme secret.

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La Vienne des bannis

À partir de 1933 en Allemagne et de 1938 en Autriche, le régime nazi persécuta les musiciennes et musiciens pour des motifs raciaux et politiques. Les œuvres de compositeurs juifs et de la modernité furent diffamées comme « dégénérées » et retirées de la vie concertante. Pour Vienne, l’« Anschluss » de 1938 signifia une rupture profonde dans une vie musicale jusqu’alors parmi les premières au monde ; les expulsions déchirèrent des réseaux artistiques constitués sur des décennies — de la Seconde École de Vienne aux cercles de musique de chambre.

Les compositeurs proscrits à travers tout le cycle

Le thème se déploie sur les quatre soirées. Anton von Webern — tué à Mittersill en 1945 par la balle d’un soldat américain — ouvre le deuxième concert avec son mouvement lent. Alban Berg y incarne la modernité avec la « Suite lyrique ». Arnold Schönberg figure au troisième concert avec son quatuor de jeunesse, Egon Wellesz — réfugié en Angleterre en 1938 — et Fritz Kreisler — émigré aux États-Unis en 1939 — au quatrième. Alexander Zemlinsky , chassé en 1938 et mort en exil en 1942, est présent comme axe du cycle dans chaque concert. Mary Dickenson-Auner , interdite de se produire en tant que citoyenne britannique, ouvre le cycle lors du premier concert.

La Valse de l’Empereur — et son instrumentalisation

Au centre se tient le Kaiserwalzer (Valse de l’Empereur) de Johann Strauss, dans l’arrangement du quatuor : la Vienne dansante à l’état originel. Son innocence apparente fut plus tard instrumentalisée par la propagande nazie, qui se servit de Strauss pour détourner les esprits des horreurs de la guerre — et pour laquelle elle falsifia la généalogie du compositeur. C’est précisément ce contraste — la musique légère récupérée à côté de la modernité réprimée — qui constitue le thème de la soirée.

La « Suite lyrique » de Berg — un programme secret

Le chef-d’œuvre de Berg de 1925/26 est officiellement dédié à Alexander Zemlinsky et cite sa « Symphonie lyrique ». En même temps, il recèle un programme secret et les initiales codées d’un amour interdit. Technique dodécaphonique et expressivité ardente y fusionnent en l’un des quatuors les plus saisissants de la modernité. L’Auner Quartett a travaillé cette œuvre avec Günter Pichler, premier violon du Quatuor Alban Berg — l’un des derniers ensembles avec lesquels Pichler travailla la « Suite lyrique » avant sa mort au printemps 2026, leur en révélant la symbolique cachée.

« Leutnant Gustl » de Schnitzler

Le monologue intérieur « Leutnant Gustl » d’Arthur Schnitzler — le premier monologue intérieur de la littérature de langue allemande — dissèque les codes de l’honneur de la vieille Vienne. Regard ironique sur cette société dont le cycle interroge la façade, il forme le cadre littéraire de la soirée.

exil.arte, point de référence scientifique

Le Centre exil.arte de la mdw collecte, étudie et présente les legs de compositrices et compositeurs dont l’œuvre fut interdite sous le national-socialisme. En 2026, le Centre célèbre son double anniversaire, accompagné d’un partenariat média avec ORF Radio Ö1.

Le Fonds Alexander Zemlinsky

Alexander Zemlinsky (1871–1942) constitue l’axe musical du cycle — une œuvre de lui résonne dans chacun des quatre concerts. Le fonds qui porte son nom, le Fonds Alexander Zemlinsky auprès de la Gesellschaft der Musikfreunde in Wien, soutient financièrement le cycle. Zemlinsky fut le professeur, l’ami et — par le mariage de Schönberg avec sa sœur Mathilde en 1901 — le beau-frère d’Arnold Schönberg ; ensemble, ils fondèrent en 1904 la Société des musiciens créateurs. Contraint à la fuite en 1938, il mourut en exil américain en 1942, presque oublié.

Lors du troisième concert (17 mars 2027, Brahms-Saal), Thomas Hampson, baryton , occupe le centre : l’un des plus grands interprètes de lieder de notre temps consacre son récital à un bouquet de lieder allant de Zemlinsky à Mary Dickenson-Auner et Julius Bürger — des compositeurs de l’exil ayant émigré aux États-Unis.

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Qui était Alexander Zemlinsky

Alexander Zemlinsky, né à Vienne en 1871, fut compositeur, chef d’orchestre et pédagogue — une figure clé du passage du romantisme tardif à la modernité. Chef de l’orchestre amateur « Polyhymnia », il rencontra vers 1895 le jeune Arnold Schönberg, seule personne à qui il donna jamais un enseignement formel de composition. En 1901, Schönberg épousa sa sœur Mathilde — Zemlinsky devint ainsi son beau-frère. En 1904, tous deux fondèrent la « Société des musiciens créateurs » avec Gustav Mahler comme président d’honneur. Alban Berg et Anton Webern appartenaient également à son cercle ; Berg lui dédia la « Suite lyrique ».

Après des postes au Volksoper de Vienne, à Prague et à Berlin, Zemlinsky fuit le régime nazi vers Vienne en 1933, puis vers les États-Unis en 1938. Là, contrairement à Schönberg célébré, il resta largement ignoré ; après plusieurs accidents vasculaires cérébraux, sa création se tut. Il mourut en exil américain en 1942 — sa redécouverte ne commença que dans les années 1970. Ce destin de silence et de retour tardif sous-tend tout le cycle.

Le fonds : fondation, objet, comité

Le Fonds Alexander Zemlinsky auprès de la Gesellschaft der Musikfreunde in Wien fut créé en 1989 par Louise Zemlinsky, veuve du compositeur ; après sa mort en 1992, tous les droits sur les œuvres revinrent au fonds. Son objet est de promouvoir et de diffuser l’œuvre de Zemlinsky, de soutenir la recherche et l’édition critique de ses compositions. Le comité est présidé par Peter Marboe. Depuis 1996, le fonds décerne le Prix Alexander Zemlinsky.

Zemlinsky dans chaque concert

Une œuvre du compositeur figure à chaque soirée : le Quatuor à cordes n° 1 en la majeur op. 4 (25 novembre), le Quatuor à cordes en mi mineur de 1893 (17 février), un bouquet de lieder avec Thomas Hampson (17 mars) et les Deux mouvements pour quatuor à cordes (22 mai). L’Auner Quartett a reçu le prix du « CD de l’année Ö1 2022 » pour son enregistrement « Versinkende Sonne » (Zemlinsky, Wellesz, Webern, Kreisler).

Le troisième concert : Wolf, Schönberg, Hampson

La soirée au Brahms-Saal s’ouvre sur le joyeux rondo « Sérénade italienne » de Hugo Wolf et sur le Quatuor à cordes en ré majeur de 1897 du jeune Arnold Schönberg — écrit encore tout entier sous l’impression de Brahms et de Dvořák, et avec les conseils de son ami et futur beau-frère Zemlinsky. Au centre se place ensuite le récital de Thomas Hampson : des œuvres de Zemlinsky aux côtés de celles de Mary Dickenson-Auner, de Julius Bürger et d’autres compositeurs émigrés aux États-Unis avant le national-socialisme — la soirée devient ainsi un hommage à une culture musicale bannie.

Déclaration de Peter Marboe

Peter Marboe est président du Fonds Alexander Zemlinsky auprès de la Gesellschaft der Musikfreunde in Wien. Ancien conseiller municipal de Vienne chargé de la culture et directeur de l’Année Mozart 2006, il s’exprime ainsi sur le cycle (original allemand, avec traduction française) :

« Was für ein kühnes, spannendes Projekt, in dem das bekannte Auner Quartett – wieder einmal – Neues erkunden und einen großen Bogen jenseits bekannter Wiener Klischees spannen will. Von Schubert, Brahms, Johann Strauss und Hugo Wolf über Webern, Berg und Schönberg bis zu Egon Wellesz und Fritz Kreisler. Und mittendrin Alexander Zemlinsky als zentrale Figur des Zyklus und der Wiener Moderne. Dazu fast möchte man sagen, mit seiner Hilfe – war Zemlinsky nach dem Krieg doch selbst ein viele Jahrzehnte Vergessener – die Wiederentdeckung einer zu Unrecht in Vergessenheit geratenen Komponistin und bedeutenden Persönlichkeit des Wiener Musiklebens, Mary Dickenson-Auner. Und das im Musikverein. Dem Ort, der sich von Anfang an Entdeckungen und Wiederentdeckungen wichtiger Werke zur Aufgabe gemacht hat. Bleibt nur, viel Erfolg zu wünschen, und zu hoffen, dass das junge, so engagierte Ensemble auf seiner Entdeckungsreise „Jenseits vom tanzenden Wien" von einem möglichst großen und interessierten Publikum begleitet wird. » (Quel projet audacieux et passionnant, dans lequel le célèbre Auner Quartett veut – une fois de plus – explorer du nouveau et tracer un vaste arc par-delà les clichés viennois bien connus. De Schubert, Brahms, Johann Strauss et Hugo Wolf, en passant par Webern, Berg et Schönberg, jusqu’à Egon Wellesz et Fritz Kreisler. Et au centre, Alexander Zemlinsky, figure centrale du cycle et de la modernité viennoise. Et avec son aide, pourrait-on presque dire – car après la guerre, Zemlinsky fut lui-même oublié pendant de nombreuses décennies –, la redécouverte d’une compositrice et personnalité importante de la vie musicale viennoise injustement tombée dans l’oubli : Mary Dickenson-Auner. Et cela au Musikverein. Ce lieu qui s’est donné pour tâche, dès l’origine, de découvrir et de redécouvrir des œuvres importantes. Il ne reste plus qu’à souhaiter beaucoup de succès et à espérer que ce jeune ensemble, si engagé, sera accompagné dans son voyage de découverte « Jenseits vom tanzenden Wien » par un public aussi nombreux et intéressé que possible.) — Peter Marboe, président du Fonds Alexander Zemlinsky auprès de la Gesellschaft der Musikfreunde in Wien

Le violon de Mary Dickenson-Auner

Tout au long du cycle, Daniel Auner joue sur le violon provenant de la succession de Mary Dickenson-Auner, dit l’instrument Fisselthaler. Extérieurement, c’est un violon de manufacture allemande d’une valeur matérielle inférieure à cent euros — mais sa sonorité égale celle d’instruments bien plus précieux, et nul ne peut expliquer pourquoi. Le luthier Hermann Löschberger, qui l’a restauré, n’a trouvé aucune intervention visible. Le nom remonte à Karl Fisselthaler, que la compositrice décrit dans ses mémoires comme un mystérieux « affineur de son » ; il demeure introuvable dans les sources externes.

Le quatrième concert (22 mai 2027, Gläserner Saal) se concentre sur Fritz Kreisler et son quatuor à cordes « Aveu à Vienne » ; le dramaturge et animateur Christoph Wagner-Trenkwitz évoque la Vienne que Kreisler a quittée.

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Une sonorité que nul ne peut expliquer

Extérieurement, l’instrument est quelconque : un violon de manufacture allemande, l’un des milliers, d’une valeur matérielle inférieure à cent euros. Sa sonorité, pourtant, contredit vivement cette apparence — elle égale celle d’instruments bien plus précieux. Le violon a été restauré par le luthier Hermann Löschberger ; chez Thomastik-Infeld, des cordes ont été spécialement choisies pour lui. Lors de la restauration, Löschberger n’a trouvé aucune intervention visible — ni rainures dans le bois, ni poussière de verre, des épaisseurs de table sans particularité. D’où vient cette sonorité, nos connaissances actuelles ne permettent pas de l’expliquer.

Karl Fisselthaler, l’affineur de son

Le nom de l’instrument remonte à Karl Fisselthaler, que Mary Dickenson-Auner rencontra après son retour à Vienne et qu’elle décrit comme un « homme singulier et intéressant ». Sa toute première caractérisation est éloquente :

« Man konnte ihn nicht einen Geigenbauer nennen, denn er baute die Geige nicht selbst, sondern ließ sie nach seinen Angaben bauen oder kaufte ganz billige Geigen, die er dann zum Klingen brachte — und zwar war sein Bestreben, dass sie ebenso gut klingen sollten wie die beste Stradivari-Geige. » (On ne pouvait pas l’appeler luthier, car il ne construisait pas lui-même le violon : il le faisait construire selon ses indications, ou achetait des violons très bon marché qu’il faisait ensuite sonner — son ambition étant qu’ils sonnent aussi bien que le meilleur Stradivarius.)

Mary Dickenson-Auner, « Mein Musikleben »

Ce qu’il faisait aux violons, il le gardait strictement secret ; le procédé se perdit avec sa mort. Du violon qu’elle conserva finalement, elle écrit :

« … bis er mir einmal eine so schöne, wohlklingende Geige brachte, die ich behalten durfte und auf der ich dann immer öffentlich spielte. Ich behauptete, dass sie von selbst spielte, so leicht sprach sie an, und so leicht spielte sie sich. » (… jusqu’au jour où il m’apporta un violon si beau, si sonore, que je pus le garder et sur lequel je jouai dès lors toujours en public. J’affirmais qu’il jouait de lui-même, tant il répondait aisément, tant il se laissait jouer facilement.)

Mary Dickenson-Auner, « Mein Musikleben »

Fisselthaler demeure introuvable dans les sources externes : son nom n’apparaît ni dans les répertoires de lutherie ni dans la recherche consacrée à la compositrice. Son activité n’est attestée que par ses mémoires.

Un sac de courses Spar

Une anecdote appartient à l’histoire de l’instrument : lors de la première exécution du Streichquartett Nr. 3 (Quatuor à cordes n° 3) de Mary Dickenson-Auner, l’oncle de Daniel Auner, Andreas Auner, apporta le violon au concert dans un sac de la chaîne de supermarchés Spar — il était alors entièrement hors d’usage. Ce fut une grande déception pour la famille : la compositrice avait toujours tenu l’instrument pour fantastique, tandis que les luthiers ne lui accordaient qu’une valeur modeste. C’est la restauration par Hermann Löschberger qui rendit le violon de nouveau jouable — et révéla une fois encore cette sonorité sans rapport avec sa valeur matérielle.

Fritz Kreisler et l’« Aveu à Vienne »

Le quatrième concert est consacré à Fritz Kreisler. Son Quatuor à cordes en la mineur, écrit en 1919 dans l’exil new-yorkais, porte le sous-titre « Aveu à Vienne » — chef-d’œuvre postromantique dans lequel l’exilé élève un monument sonore à la ville de sa jeunesse. Dans son appartement aux États-Unis, son certificat de nationalité autrichienne était encadré au mur ; pendant la Première Guerre mondiale, il s’était porté volontaire. Daniel Auner a enregistré de nombreuses œuvres de Kreisler et a participé à l’organisation du dernier Concours Fritz Kreisler à Vienne.

Un instrument à travers tout le cycle

Le violon Fisselthaler n’est pas réservé à une seule soirée : Daniel Auner en joue tout au long du cycle — du Quatuor à cordes n° 4 de la compositrice lors du premier concert, en passant par les œuvres de Zemlinsky, Webern et Berg, jusqu’à l’« Aveu à Vienne » de Kreisler en finale. L’instrument relie ainsi les quatre soirées et établit un lien direct et sonore entre la compositrice et l’ensemble d’aujourd’hui.

Invités du cycle

Les invités

Irene Suchy
Lecture · Musicologue

Irene Suchy

Irene Suchy (née en 1960 à Vienne), Dr phil., est musicologue, publiciste et commissaire d’exposition. Depuis 1989, elle conçoit et anime des émissions musicales sur la radio Ö1 de l’ORF, parmi lesquelles « Zeitton » et « Pasticcio ». Elle a enseigné dans plusieurs universités et publié des ouvrages sur Paul Wittgenstein, Otto M. Zykan et Friedrich Gulda ainsi que sur l’histoire de l’exil musical sous le national-socialisme.

La création musicale féminine constitue l’un des axes de son travail : avec le projet « MusicaFemina », elle a rendu visible la musique des compositrices à travers l’histoire. Elle a reçu pour son action la Médaille d’or du Mérite de la République d’Autriche et le prix Dr Karl Renner.

© Andreas Schlager

Wolfgang Böck
Lecture · Comédien

Wolfgang Böck

Wolfgang Böck (né en 1953 à Linz) est l’un des comédiens les plus marquants d’Autriche. Après sa formation à Graz, il a joué sur les scènes de Bregenz, Linz, Vienne, Zurich et Berlin. Il s’est fait connaître d’un large public par ses rôles à la télévision, notamment celui de « Trautmann » et dans « Kaisermühlen-Blues » ; il a reçu plusieurs fois le prix Romy. Comme directeur, il a dirigé les Schlossspiele Kobersdorf.

Lors du deuxième concert, il lit des réflexions sur « Leutnant Gustl » d’Arthur Schnitzler, formulées par Manfred Stimmler.

© Wolfgang Voglhuber

Thomas Hampson
Baryton

Thomas Hampson

Thomas Hampson (né en 1955 à Elkhart, Indiana, il a grandi à Spokane) compte parmi les barytons les plus importants de notre temps. Il a étudié notamment auprès d’Elisabeth Schwarzkopf et de Horst Günter et a chanté plus de quatre-vingts rôles sur les grandes scènes lyriques du monde ; sa discographie comprend plus de 170 albums et il a été admis au Gramophone Hall of Fame.

Il jouit d’une reconnaissance particulière comme interprète des lieder de Schubert, Schumann, Wolf et Mahler — « ambassador of song ». Lors du troisième concert, il chante un bouquet de lieder de Zemlinsky, Mary Dickenson-Auner et d’autres compositeurs dispersés par l’exil, dans des arrangements pour baryton et quatuor à cordes.

© Chris Singer

Christoph Wagner-Trenkwitz
Présentation · Dramaturge

Christoph Wagner-Trenkwitz

Christoph Wagner-Trenkwitz (né en 1962 à Vienne) est musicologue, dramaturge, auteur et animateur. Il a été dramaturge en chef de l’Opéra national de Vienne (1996–2001) et de la Volksoper de Vienne (2003–2022) ; le public le connaît comme commentateur de longue date du Bal de l’Opéra de Vienne et comme animateur sur Ö1.

Élève de Marcel Prawy, il s’inscrit dans la tradition des grands médiateurs viennois de l’opéra. Il clôt le cycle par un portrait de cette Vienne que Fritz Kreisler dut quitter.

© Ferdinand Neumüller

Les compositeurs du cycle

Mary Dickenson-Auner (1880–1965)

Mary Frances Dorothea Dickenson-Auner est née le 24 octobre 1880 à Dublin. Elle étudia à la Royal Academy of Music de Londres auprès d’Émile Sauret, puis à Prague auprès d’Otakar Ševčík. En 1905, elle fit ses débuts avec la Philharmonie tchèque sous la direction d’Oskar Nedbal et se produisit une dizaine d’années comme soliste dans toute l’Europe. Elle publia ses premières œuvres sous le pseudonyme de Frank Donnell.

En 1909, elle s’installa à Vienne et épousa Michael Auner en 1912. En 1922, avec le pianiste Eduard Steuermann, elle donna la première autrichienne de la Première Sonate pour violon de Béla Bartók au Konzerthaus de Vienne. À partir de 1927, elle développa les « Hörstunden », un concept pédagogique propre destiné aux écoles primaires viennoises.

Avec la prise de pouvoir national-socialiste en 1938, elle perdit son autorisation d’enseigner en tant que citoyenne britannique ; pendant la guerre, il lui fut interdit de se produire. Dans cette émigration intérieure, elle créa une œuvre tardive considérable. Elle mourut à Vienne en 1965. Presque tous ses quatuors à cordes n’existent qu’à l’état de manuscrits et sont actuellement numérisés par la Dre Dima Khierbeck.

Alexander Zemlinsky (1871–1942)

Alexander Zemlinsky est l’axe musical du cycle — une de ses œuvres résonne dans chacun des quatre concerts. Élève et ami encouragé par Brahms, il relia comme peu d’autres la tradition postromantique et la modernité. Il enseigna au jeune Arnold Schönberg et l’introduisit dans les cercles musicaux viennois ; en 1901, Schönberg épousa Mathilde, la sœur de Zemlinsky.

En 1904, Zemlinsky et Schönberg fondèrent la « Vereinigung schaffender Tonkünstler » pour la promotion de la musique contemporaine, avec Gustav Mahler comme président d’honneur. Alban Berg lui dédia sa « Suite lyrique ».

Après Prague et Berlin, Zemlinsky fuit le régime national-socialiste, d’abord vers Vienne en 1933, puis vers les États-Unis en 1938. Là, contrairement à Schönberg célébré, il resta largement ignoré. Il mourut en exil américain en 1942, presque oublié.

Franz Schubert (1797–1828)

Schubert incarne l’héritage classique viennois d’où est née la musique ultérieure de la ville. Son Quartettsatz en ut mineur D 703 de 1820 resta un fragment — un unique mouvement achevé d’une inquiétude sombre et pressante, suivi seulement du début d’un second. C’est précisément cet inachèvement qui en fait une ouverture appropriée : une musique qui ouvre sur l’inconnu. Le lien profond de Schubert avec le lied et la danse compte parmi les racines dont naîtra plus tard la valse viennoise.

Johannes Brahms (1833–1897)

Brahms, le Viennois d’adoption venu de Hambourg, incarne l’alliance de la rigueur classique et de la chaleur populaire. Ses Danses hongroises — ici les n° 5 et 6 dans une version pour quatuor à cordes — connurent de son vivant un succès public retentissant et montrent cette veine dansante et folklorique qui marqua aussi la Vienne dansante. Brahms fut en outre le grand protecteur de Zemlinsky et donc personnellement lié au centre du cycle.

Anton von Webern (1883–1945)

Le « Langsamer Satz » de Webern, de 1905, précède son tournant vers le dodécaphonisme — une œuvre postromantique et ardente, pleine d’intimité, qui laisse à peine deviner la concision radicale de son langage ultérieur. Webern, élève de Schönberg et compagnon de Berg, appartenait au cercle le plus étroit de la modernité viennoise. Sa fin fut tragique : le 15 septembre 1945, quelques mois après la fin de la guerre, il fut abattu par erreur par un soldat américain à Mittersill.

Johann Strauss (fils) (1825–1899)

Le « roi de la valse » est le pôle opposé auquel tout le cycle se confronte — et en même temps la source d’inspiration dont l’écho résonne dans la musique sérieuse. Ses valses ont façonné l’image de Vienne comme aucune autre musique. La Valse de l’Empereur op. 437 et la valse « Voix du printemps » op. 410 sont jouées dans le cycle dans des versions pour quatuor à cordes. L’apparente innocence de cette musique fut instrumentalisée par la propagande sous le national-socialisme ; pour s’approprier Strauss sans entrave, le régime falsifia même sa généalogie, considérée comme en partie juive.

Alban Berg (1885–1935)

Berg, élève de Schönberg et l’un des trois maîtres de la Seconde École de Vienne, allia la nouvelle technique dodécaphonique à une force expressive inépuisable. Sa « Suite lyrique » (1925/26) est dédiée à Alexander Zemlinsky et porte un programme secret : chiffrées en notes et en nombres, les initiales d’un amour interdit pour Hanna Fuchs-Robettin. Berg mourut à Vienne en 1935 d’une septicémie, avant la catastrophe qui poussa ses compagnons à l’émigration.

Hugo Wolf (1860–1903)

Wolf compte parmi les plus grands compositeurs de lieder — ce qui rend d’autant plus singulière sa « Sérénade italienne » de 1887, l’une de ses rares œuvres purement instrumentales. Méditerranéenne, enjouée et incisive, elle représente l’autre versant, insouciant, d’une vie marquée par la maladie et le doute. Dans le cycle, Wolf incarne la génération qui précède la modernité viennoise et dont l’art du lied fut un point de départ pour des compositeurs comme Zemlinsky et Schönberg.

Arnold Schönberg (1874–1951)

Le Quatuor à cordes en ré majeur de Schönberg, de 1897, est une œuvre de jeunesse — encore tout entière dans la tradition de Brahms et de Dvořák, tonale et généreuse en mélodies, écrite sur les conseils de son ami et futur beau-frère Zemlinsky. Il fut créé six mois après la mort de Brahms et laisse à peine deviner le futur révolutionnaire du dodécaphonisme. Schönberg émigra aux États-Unis en 1933 et enseigna à Los Angeles, où il mourut en 1951.

Egon Wellesz (1885–1974)

Wellesz fut élève de Schönberg, compositeur et en même temps l’un des plus importants byzantinistes de son temps. Juif, il s’enfuit en Angleterre en 1938 et devint Fellow du Lincoln College d’Oxford, où il acheva la plus grande partie de son abondante production pour quatuor. Son parcours représente la variante anglaise de l’exil. Wellesz ne revint pas durablement à Vienne après la guerre ; il mourut à Oxford en 1974. L’Auner Quartett a déjà enregistré son Quatuor à cordes n° 5 sur le disque primé « Versinkende Sonne ».

Fritz Kreisler (1875–1962)

Né à Vienne, Kreisler fut l’un des violonistes les plus célèbres de l’histoire et un compositeur au charme inimitable. En 1919, à New York, il écrivit son Quatuor à cordes en la mineur, qu’il concevait expressément comme un « Bekenntnis zu Wien » — un monument postromantique à la ville de sa jeunesse. Après l’« Anschluss » de 1938, Kreisler, d’origine juive, s’enfuit définitivement ; il prit la nationalité américaine, mais accrocha au mur de son appartement le certificat autrichien encadré. Il mourut à New York en 1962.